- ENSEIGNEMENT DE SPÉCIALITÉ

Introduction

L’introduction n’est centrée sur aucun auteur. Elle se donne pour objectif de préciser quelques concepts que les élèves auront à manier durant l’année d’enseignement de spécialité (sciences, sciences sociales, théorie, concept, paradigme). Elle n’a pas vocation à constituer, en tant que telle, le support d’une évaluation au baccalauréat.

En se référant à quelques-unes des questions abordées en classe de première, on montrera que l’activité scientifique se caractérise par la formulation d’hypothèses et par une double préoccupation de cohérence interne et de corroboration par confrontation au réel. On insistera sur le fait qu’une théorie n’est pas un ensemble de certitudes, mais une série cohérente de propositions et de résultats provisoires résultant d’investigations analytiques et empiriques, susceptibles d’éclairer les décisions des acteurs publics et privés. On soulignera que la diversité des approches théoriques répond à la diversité des questionnements et constitue la source des débats propres à accroître la compréhension des phénomènes économiques et sociaux. Si le professeur l’estime utile, il pourra présenter, à partir de quelques extraits de textes d’auteurs de référence, quelques-uns des clivages qui permettent de distinguer ces approches, qu’il s’agisse, par exemple, de la place accordée à l’individu (individualisme/holisme, notions étudiées en classe de première) et/ou de celle accordée à l’histoire (naturalisme/historicisme).

Les thèmes

 Progrès technique et évolution économique

 

CONCEPTS QUE LES ÉLÈVES DOIVENT CONNAÎTRE ET SAVOIR UTILISER

ACTUALITÉ DE LA PENSÉE DE L’AUTEUR ET PROLONGEMENT

“Capital, investissement et progrès technique” Joseph Schumpeter

Innovation, entrepreneur, cycle long,

destruction créatrice, rente de monopole,

profit, capitalisme, capitaliste

Division du travail et extension des marchés

Recherche-développement (R&D), taille des entreprises, irrégularité de la croissance

Indications complémentaires

On retiendra de Schumpeter l’idée que l’évolution consiste en deux types distincts mais étroitement liés de phénomènes : la croissance et le développement, quand ce dernier est défini comme ce change-ment qualitatif “spontané et discontinu “induit par le processus économique.

On s’attachera à mettre en valeur le rôle que Schumpeter attribue à la figure de l’entrepreneur et aux formes imparfaites de la concurrence. On montrera également le lien qu’il établit entre les innovations et le caractère cyclique d’une évolution économique rythmée par le processus de destruction créatrice, mais se soldant par un accroissement de la richesse.

L’actualité des analyses de Schumpeter et ses prolongements contemporains seront étudiés en s’interrogeant sur l’importance de la R&D, les effets de la taille des entreprises sur l’innovation et sur la persistance de cycles économiques liés aux changements technologiques.

Division du travail et extension des marchés

 

CONCEPTS QUE LES ÉLÈVES DOIVENT CONNAÎTRE ET SAVOIR UTILISER

ACTUALITÉ DE LA PENSÉE DE L’AUTEUR ET PROLONGEMENT

Travail et emploi“ (organisation du travail et croissance)” Adam Smith

Extension des marchés et division du travail, organisation

Nouvelles formes d’organisation du travail, ouverture des marchés

Indications complémentaires

On retiendra de Smith son analyse des sources et effets de la division du travail dans le contexte d’une économie de marché. On étudiera comment, selon lui, la division du travail accroît la richesse et comment un élargissement des marchés, que cette création de richesse entraîne, permet d’approfondir la division du travail.

On soulignera deux de ses observations : celle suivant laquelle la division du travail, quand l’expansion des marchés le permet, conduit à l’établissement de nouveaux flux d’échanges, et celle suivant laquelle le changement technologique est endogène dans la mesure où c’est la division du travail qui conduit à l’amélioration des techniques.

L’actualité des analyses de Smith et ses prolongements contemporains seront étudiés en s’interrogeant sur les formes actuelles de la division du travail dans l’entreprise et entre les entreprises, et leur articulation avec les conditions de concurrence et d’ouverture des marchés.

Sous-emploi et demande.

 

CONCEPTS QUE LES ÉLÈVES DOIVENT CONNAÎTRE ET SAVOIR UTILISER

ACTUALITÉ DE LA PENSÉE DE L’AUTEUR ET PROLONGEMENT

“Travail et emploi (croissance, progrès technique et emploi)” John Maynard Keynes

Demande effective, taux de salaire réel

et nominal, chômage involontaire

Causes du chômage, rôle de la demande et des salaires

Indications complémentaires


La mise en perspective historique des travaux de Keynes permettra de rappeler aux élèves que la gravité des crises dans l’entre-deux guerres a activé des recherches qui conduisent à souligner l’instabilité de la croissance et le risque de stagnation, en opposition aux thèses libérales de l’époque. On montrera que, dans ce contexte historique, l’analyse de l’équilibre de sous-emploi proposée par Keynes représente un renouvellement théorique majeur. On s’interrogera sur la nature et la portée de la critique keynésienne de l’économie “classique“. A cet effet, les notions de chômage involontaire, de salaire réel et nominal seront examinées. On montrera que la problématique keynésienne inverse l’approche traditionnelle du fonctionnement de l’économie par la place qu’elle accorde à la demande effective. On amènera les élèves à repérer comment et dans quelles conditions une action de stimulation de la demande effective peut agir sur la réduc-ion du chômage. On pourra s’interroger sur les limites qu’impose à l’analyse le fait de s’en tenir à une problématique dite de courte période qui minore l’importance des conditions d’offre.

L’actualité des analyses de Keynes et ses prolongements contemporains seront étudiés en s’interrogeant sur le niveau et les formes actuelles du chômage dans les pays développés. La discussion portera sur l’influence de la demande globale et donc des revenus disponibles, notamment salariaux, sur l’activité, sans négliger le fait que les salaires sont à la fois un revenu et un coût.


Égalisation des conditions et démocratie

 

CONCEPTS QUE LES ÉLÈVES DOIVENT CONNAÎTRE ET SAVOIR UTILISER

ACTUALITÉ DE LA PENSÉE DE L’AUTEUR ET PROLONGEMENT

“Stratification sociale et inégalités” Alexis de Tocqueville

Liberté/égalité, individualisme, despotisme

démocratique, tyrannie de la majorité

Représentation politique, société démocratique et uniformisation des comportements, opinion publique

Indications complémentaires

On retiendra de Tocqueville que l’avènement des sociétés démocratiques n’est pas qu’un phénomène politique : c’est une transformation qui concerne aussi et surtout la société civile. Le processus fondamental est l’égalisation des conditions dont le principe s’oppose à l’organisation juridique (ordres ou castes) des sociétés d’Ancien régime. On retiendra que l’homogénéisation comme l’avancée vers l’égalité ne sont que des tendances dont l’appréhension empirique n’est possible qu’à long terme. Les corollaires de cette égalisation sont une mobilité sociale croissante et une réduction des écarts entre catégories sociales “extrêmes “. Le risque est alors celui de l’indifférence aux affaires publiques. Comme par ailleurs, les individus se trouvent dotés de statuts proches, il peut devenir très difficile de résister à la tyrannie de la majorité.

L’actualité des analyses de Tocqueville et ses prolongements contemporains seront étudiés en s’interrogeant sur la montée de l’abstentionnisme, l’importance croissante de l’opinion publique médiatisée dans le processus démocratique, la professionnalisation de la représentation politique, la tendance au repli sur la sphère privée.

Lien social et intégration.

CONCEPTS QUE LES ÉLÈVES DOIVENT CONNAÎTRE ET SAVOIR UTILISER

ACTUALITÉ DE LA PENSÉE DE L’AUTEUR ET PROLONGEMENT

“Intégration et solidarité” Émile Durkheim

Fait social, division du travail social,

solidarité mécanique, solidarité organique,

anomie, conscience collective

Cohésion sociale, exclusion sociale, intégration par le travail

Indications complémentaires

On retiendra de Durkheim l’idée d’une division sociale du travail qui unit les individus dans des domaines aussi divers que l’économie, la famille, la politique. On présentera pour cela les deux grandes formes de solidarité, “mécanique” et “organique”, les mécanismes qui expliquent le passage de l’une à l’autre et les moyens de les repérer.

On insistera, à ce propos, sur l’importance du droit. On précisera les différentes situations dans lesquelles la division du travail selon Durkheim cesse d’engendrer de la solidarité. On soulignera l’importance des groupes intermédiaires qui permettent de limiter la division du travail anomique en définissant des règles et en conte-nant ainsi les égoïsmes individuels.

L’actualité des analyses de Durkheim et ses prolongements contemporains seront étudiés en s’interrogeant sur la relation entre l’intégration et le travail comme dimension majeure du lien social. On remarquera l’importance d’un contexte caractérisé par un chômage durable et une mise en question du salariat. On pourra également s’interroger sur le maintien, voire le renforcement des formes de solidarité mécaniques dans les sociétés contemporaines.

Conflits de classe et changement social

 

CONCEPTS QUE LES ÉLÈVES DOIVENT CONNAÎTRE ET SAVOIR UTILISER

ACTUALITÉ DE LA PENSÉE

DE L’AUTEUR ET PROLONGEMENT

Karl Marx

“Conflits et mobilisation sociale”

Lutte de classe, conscience de classe,

rapports de production, forces productives,

plus-value, exploitation, modes de

production, capital

Classes sociales, nouveaux mouvements sociaux

Indications complémentaires

La mise en perspective historique des travaux de Marx permettra de rappeler aux élèves les ruptures profondes induites par la révolution industrielle dans les structures économiques et sociales aussi bien que dans les conditions de vie et de travail. On soulignera que les concepts forgés par Marx (rapports de production, forces productives, plus-value, classes sociales) offrent une grille de lecture de ces transformations en concentrant l’attention sur la question ouvrière et en proposant une analyse du conflit de classes comme source du changement social.

L’actualité des analyses de Marx et ses prolongements contemporains seront étudiés en s’interrogeant sur l’évolution des enjeux des luttes et des conflits sociaux. L’analyse en termes de classes sociales a pu sembler perdre de sa pertinence face à ce qu’il est convenu d’appeler “exclusion “, tandis que continuait de s’affirmer l’idée d’une tendance inéluctable à la “moyennisation “des sociétés occidentales. La permanence de la précarité de l’emploi, le maintien voire l’augmentation des inégalités de revenus ont, cependant, conduit au retour des approches théoriques et empiriques mettant en question l’inéluctabilité de la moyennisation ainsi que la marginalisation des conflits du travail.

  Échange international et croissance

 

CONCEPTS QUE LES ÉLÈVES DOIVENT CONNAÎTRE ET SAVOIR UTILISER

ACTUALITÉ DE LA PENSÉE

DE L’AUTEUR ET PROLONGEMENT

David Ricardo “Internationalisation des échanges et mondialisation”

Avantage comparatif, commerce inter-branche, rendements

spécialisation internationale, libre échange

Politiques commerciales, d’échelle croissants, commerce intra-branche

Indications complémentaires

On retiendra de Ricardo le rôle de l’échange international dans le développement économique à partir de la théorie de l’avantage comparatif que l’on distinguera de la théorie des avantages absolus d’Adam Smith. On présentera ainsi le principe des gains mutuelle-ment avantageux dans l’échange international et le rôle que joue le commerce international pour repousser les limites de la croissance et empêcher la convergence vers un état stationnaire. On montrera comment cette théorie est élaborée en retenant le cadre des nations, la structure inter-branche de leur commerce extérieur et l’absence de mobilité des facteurs entre elles.

L’actualité des analyses de Ricardo et ses prolongements contemporains seront étudiés en s’interrogeant sur les conséquences de l’importance croissante des firmes transnationales, le développement d’un commerce international intra-branche et la forte mobilité des capitaux à l’échelle planétaire. Ces interrogations permettront de montrer comment les avantages comparatifs peuvent être “construits” et de souligner ainsi la portée générale de la théorie de Ricardo.

  La rationalisation des activités sociales

 

CONCEPTS QUE LES ÉLÈVES DOIVENT CONNAÎTRE ET SAVOIR UTILISER

ACTUALITÉ DE LA PENSÉE

DE L’AUTEUR ET PROLONGEMENT

Max Weber

Action sociale, rationalité en finalité,

rationalité en valeur, bureaucratie,

désenchantement du monde

Rationalité limitée

Indications complémentaires

L’étude de la rationalisation des activités sociales à partir de l’œuvre de Weber n’est pas rattachée à un chapitre particulier du programme de terminale. Le caractère transversal du thème permet de la pré-enter aussi bien en début d’année (par exemple comme complément à l’introduction au programme de tronc commun) qu’en fin de parcours. Dans le cadre de leur liberté pédagogique, les professeurs pourront également l’étudier en liaison avec la question du développement économique ou avec la question de l’organisation du travail, voire avec la question de la mondialisation (comme nouvelle étape de la rationalisation des activités).

On retiendra de Weber l’idée que les sociétés occidentales sont caractérisées par un processus de rationalisation des activités humaines dans tous les domaines (économiques, sociaux et poli-tiques).

On précisera la signification du concept de rationalité en distinguant la rationalité en finalité et la rationalité en valeur. On pourra illustrer ce mouvement de rationalisation à partir du développement de “l’esprit du capitalisme “comme recherche rationnelle du gain et à partir de l’étude de la bureaucratie comme mode d’organisation légale et rationnelle.

L’actualité des analyses de Weber et ses prolongements contemporains seront étudiés en s’interrogeant sur la permanence des débats sur la bureaucratie (qui ne caractérise pas les seules organisations publiques). Dans cette perspective, on pourra présenter la thèse sur le cercle vicieux de la bureaucratie. On pourra montrer aussi comment le concept de rationalité en valeur permet de rendre compte d’un certain nombre de mobilisations collectives (autre lien possible avec le programme de tronc commun). On s’interrogera enfin sur le renouvellement des réflexions sur la rationalité en présentant le concept de rationalité limitée.